André Cervera – Carambolages
Au printemps prochain, le musée Paul Valéry de Sète consacre son premier temps fort d’exposition temporaire de l’année 2026 à André Cervera, artiste sétois au style expressionniste très affirmé, parfois qualifié de « latin ». Sous l’intitulé « Carambolages », celle-ci propose un voyage entre intime et universel, à travers les méandres de la mémoire, les paysages mouvants de l’imaginaire et l’histoire de l’art, dans un parcours en trois actes réunissant une quarantaine d’œuvres récentes, réalisées en 2024 et 2025.
La Figuration libre s’est épanouie à Sète et le Musée Paul Valéry entretient avec elle un compagnonnage de longue date. André Cervera a noué également des liens solides avec ses « grands frères » et a développé sa pratique artistique dans leur sillage tout en cultivant une liberté certaine. Le musée a souhaité inviter cet artiste sétois dont la carrière s’est inscrite sous le signe du voyage et qui a exposé tout autour du monde.
Quarante nouvelles toiles pour revisiter une carrière
Après une première exposition en 2005, l’artiste retrouve le chemin du musée et présente un ensemble d’œuvres qui montrent sa vitalité créative tout en posant un regard rétrospectif sur sa carrière. Les deux années de préparation ont été l’occasion de revisiter les thèmes, les inspirations, les processus artistiques qui ont imprégné son travail depuis plusieurs décennies pour les réinventer, les enrichir en créant quarante nouvelles toiles.
Sète, territoires imaginaires et histoire de l’art
Elles donnent à voir un territoire sétois peuplé de monstres, de fantômes et de souvenirs, mais également des territoires imaginaires qui incarnent le déplacement de l’artiste dans l’espace géographique de notre planète autant que dans son espace mental qui s’élargit au fil de ses voyages. Certaines œuvres majeures de l’Histoire de l’art font également écho pour lui à l’actualité la plus brûlante et son travail de réinterprétation en fait résonner la force dramatique.
Une esthétique du carambolage
André Cervera a développé un art singulier autour d’une esthétique du carambolage où se percutent la multiplicité des références culturelles et artistiques, où l’hybridation est érigée en principe plastique, où la révérence aux grandes œuvres de l’Histoire de l’art le dispute à la remise en cause de toute hiérarchie artistique. La fragmentation et l’hétérogénéité aussi bien des techniques que des références plastiques et mémorielles trouvent leur résolution dans l’art du montage visuel, où la composition picturale adopte la logique d’un plan cinématographique.
La peinture comme expérience existentielle
La peinture constitue pour lui une expérience existentielle à part entière. La mort est ainsi omniprésente dans son œuvre, mais l’appétit de vivre l’irrigue tout autant. Une énergie ambivalente met ainsi ses œuvres en tension, vient lutter contre l’effacement et l’oubli. Le grotesque et l’expressionnisme sont autant de tentatives d’amadouer l’angoisse que recèlent ses œuvres. L’autofiction échappe à toute logique narcissique et fait crisser les forces sociales, la mémoire collective et les souvenirs personnels.
Du quotidien extraordinaire au rituel pictural
Enfin, peintre du « quotidien extraordinaire », André Cervera nous propose une traversée entre réel et imaginaire, entre visible et invisible. Ses peintures sont nourries autant par son expérience vécue que par ses projections imaginaires. Les masques mettent en évidence comment les archétypes sociaux, les forces pulsionnelles viennent troubler l’identité ou viennent la révéler dans sa vérité complexe et mutable. La fascination de l’artiste pour le chamanisme ou la magie tend à faire de la peinture un rituel dont on ne sait pas s’il cherche l’intercession, la conjuration ou la conciliation des forces qui nous dépassent, s’il peut réparer la morsure du temps.