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Un voyage à la rencontre de l’art Aborigènes et de la transmission d’un héritage.

Avec l’exposition L’ART ABORIGÈNE. Collection Pierre Montagne qui se tiendra du 10 juin au 26 septembre 2021, le Musée Paul Valéry renoue avec ses visiteurs en leur proposant un voyage. À l’origine de sa collection, Pierre Montagne place l’émotion de la rencontre avec les Aborigènes, dont le dénuement et l’histoire douloureuse, puis les valeurs de respect, de solidarité et enfin de beauté qui les animent l’ont profondément touché. C’est à travers la profonde humanité de ce regard porté par un collectionneur que l’exposition invite à découvrir la peinture des Aborigènes comme l’expression de cultures, aujourd’hui tout particulièrement confrontées au défi de la mondialisation et de la transmission d’un héritage.

Aux origines de l’art aborigène australien

En Australie, sur ce territoire aussi vaste qu’un continent, les traditions artistiques sont parmi les plus anciennes au monde : la peinture rupestre est ainsi pratiquée sans discontinuer dans certaines zones depuis près de 30 000 ans, soit près de 15 000 ans avant la grotte de Lascaux. Mais, à partir du XVIIIe siècle, la colonisation européenne a profondément bouleversé les 250 cultures aborigènes qui existaient alors : la confiscation des terres et les transferts de population ont alimenté chez les Aborigènes la crainte légitime d’une disparition. Accompagnant les revendications territoriales, de nouvelles formes d’expression artistique sont alors apparues.

Des pratiques rituelles aux nouveaux supports

Les artistes aborigènes ont démontré une puissante faculté d’innovation. À partir des années 1950, certaines communautés ont ainsi délibérément choisi de transférer les modes d’expression de leur art rituel, situé au cœur de la vie religieuse et sociale, vers le domaine artistique. Les gravures sur bois, les fresques éphémères sur le sable, les peintures sur le corps ou sur la roche ont ainsi été transposées sur de nouveaux supports comme l’écorce ou la toile.


Le mouvement artistique de Papunya

L’exposition accorde en particulier une place importante à l’un des mouvements artistiques les plus passionnants du siècle dernier, apparu au début des années 1970, dans des communautés aborigènes située près de Papunya. C’est en effet dans les espaces désertiques du centre de l’Australie qu’un groupe d’hommes initiés a élaboré une grammaire visuelle à partir d’un répertoire de signes semi-secrets. Lignes sinueuses, traces codifiées, empreintes et techniques pointillistes correspondent à une représentation du paysage où se révèlent les relations invisibles entre les mondes. Dans la pensée cosmologique des Aborigènes, le paysage porte en effet la trace de l’action de grands ancêtres, dont la force spirituelle nourrit sans discontinuer les générations suivantes.
Partagée entre la volonté de montrer et la nécessité de voiler, cette démarche a trouvé des correspondances visuelles avec les grands courants de l’art international, comme l’art abstrait. Elle a conduit en retour les Aborigènes à réinterpréter en profondeur leur héritage culturel. Les œuvres actuelles participent ainsi à définir la place des artistes autochtones dans un monde globalisé.

70 toiles de 63 artistes aborigènes

Les 70 toiles rassemblées, dues à 63 artistes différents, offrent un parcours à la fois riche et diversifié à travers les régions qui abritent les communautés les plus actives dans le domaine de la peinture, depuis les grands espaces désertiques du centre de l’Australie jusqu’aux confins de la Terre d’Arnhem. Parmi les artistes présentés figurent des peintres, en grande majorité des femmes, qui ont atteint une grande notoriété internationale, telle Emily Kame Kngwarreye ou encore Kathleen Petyarre, au point même d’incarner le symbole d’une Australie réconciliée.