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Hommage au sculpteur sétois disparu en 2016 dans sa 100e année

Les Figures du temps, synthèse d’une carrière

Le musée Paul Valéry rend hommage au sculpteur Pierre Nocca en exposant cinq de ses œuvres, Les Figures du temps (1994-1996). Pierre Nocca allait avoir 100 ans quelques mois après sa disparition intervenue le 19 février dernier. À Sète, sa ville natale, ses réalisations sont devenues des marqueurs emblématiques au sein de l’espace urbain. Les Figures du temps appartiennent à la dernière période de sa carrière, celle des Bifaces, terme emprunté aux préhistoriens pour désigner des sculptures de faible épaisseur. Comme toutes ses œuvres, elles procèdent d’une recherche de Pierre Nocca conduite depuis la fin des années 1930 sur l’essence de son art et la nature de ses procédés. Les cinq sculptures se distinguent par leurs formes épurées et apparaissent comme l’aboutissement de son travail sur l’équilibre entre le vide et le plein au sein de la matière. En ce sens, Les Figures du temps représentent le point culminant de l’œuvre de Pierre Nocca et la synthèse des postulations d’une carrière de sculpteur. 

Les bifaces de Pierre Nocca

Les œuvres réunies pour cet hommage constituent également d’une certaine manière un symbole, celui des Figures du temps, également nommées Les Heures, dans lesquelles on peut voir tout autant les différents âges de la vie que l’inscription inéluctable de tout être dans le temps et dans l’espace. Cette série de cinq bifaces résume avec brio les recherches qui animèrent l’artiste durant de nombreuses années dans la dernière partie de sa production : épuration des formes, légèreté de la ligne, lignes de forces suggérées pour une intégration puissante dans l’espace. Pierre Nocca fut sans doute le meilleur théoricien de sa démarche, comme en témoigne cet entretien qu’il donna en 2012, dans lequel il précisait l’origine de ses bifaces :

« C’est l’observation d’un galet très plat, avec de très légères veines qui ressortaient à sa surface qui m’a encouragé dans l’exploration de cette voie. J’étais au milieu de ces grandes plaines du nord de l’Espagne, je le tenais au bout de mes doigts comme l’on fait avec un crayon lorsque l’on dessine et il « tenait le coup », il dégageait une force incroyable face à ces espaces immenses. C’était un galet, c’est donc tout naturellement que j’ai emprunté le terme de biface aux historiens spécialistes de la préhistoire. Il renvoie aux premiers tailleurs de pierre, aux premiers sculpteurs. Il y a dans ce terme à la fois l’expression des premiers tâtonnements de l’homme pour maitriser et utiliser la matière et le regard que l’on porte sur l’objet que l’on tient dans sa main et que l’objet nous renvoie. Ce que je vois est aussi ce qui me regarde. Le face à face. Dans mes bifaces, cependant, les deux faces identiques et renversées sont comme celles de Janus, tournées l’une vers le passé et l’autre l’avenir. Que je le veuille ou non le procédé introduit une temporalité, une narration. C’est un procédé d’une très grande richesse expressive et symbolique »