Vincent CUNILLERE, duos d’ateliers
Duos ou œuvres à quatre mains, c’est la formule proposée par le photographe Vincent Cunillère à une quarantaine d’artistes, parmi lesquels figurent notamment Hervé et Richard Di Rosa, Claude Viallat, François Morellet...
Vincent Cunillère dans l’atelier des artistes
Cunillère photographie le peintre dans son atelier, ce dernier peint à son tour sur la photo.
Depuis 1995, plus de 40 œuvres ont ainsi été réalisées, constituant non seulement un ensemble cohérent mais une série relevant désormais à bien des égards de témoignages historiques : plusieurs de ces artistes ont aujourd’hui disparu – Sarthou, Seguin, Pierre François, Routier – Hervé Di Rosa avait la trentaine lorsque Cunillère l’a photographié dans son atelier installé à cette époque à Balaruc.
Thème récurrent dans l’histoire de l’art, l’atelier a connu de multiples évolutions et représentations. Il fut, à ce titre, le lieu de tous les échanges entre artistes et marchands d’art, mais également le lieu de vie, de création où ont pris forme les plus grands mouvements et avant-gardes.
Au XXe siècle, il ponctua les étapes de la vie de bon nombre d’entres eux, tels que Matisse ou encore Picasso, dont les ateliers successifs marquèrent les différents moments de leurs vies et de leurs œuvres. Warhol, quant à lui, ira jusqu’à le transformer en véritable usine : la « factory ».
Avec cette exposition, l’atelier d’artiste est envisagé à travers l’œil du photographe et permet de pénétrer dans l’intimité des artistes. Il dévoile ainsi certains aspects de leurs œuvres et de leur personnalité. Puis c’est en intervenant directement sur la photo, que l’artiste et le photographe créent une correspondance et nouent un véritable dialogue.
« Entrer dans l’atelier d’un artiste est toujours une expérience particulière, intime et chaque fois très différente, autant différente que le sont les artistes et l’œuvre qu’ils construisent. Parfois vaste, lumineux, rangé à l’excès ou au contraire exigu, encombré, l’atelier de l’artiste ne se livre jamais au premier venu. (…) La plupart du temps l’atelier est saturé. Outre les travaux en cours, peintures, dessins, volumes, sculptures, estampes, l’atelier recèle surtout des images et diverses autres choses glanées au fil du travail de recherche pour nourrir la réflexion et baliser ainsi les chemins qui mènent à l’œuvre. Il ne s’agit pas de collection mais de petits éclats du monde, discrets qui s’accumulent en même temps que les œuvres apparaissent »
écrit Philippe Saulle, un des auteurs du catalogue de l’exposition, avant d’ajouter :
« D’une discrétion et d’une patience qui parfois dérangent, Vincent Cunillère se pose dans l’atelier, celui où l’artiste seul règne sur son monde. Cet impénétrable atelier qui traduit plus qu’il ne trahit les ressorts d’une œuvre. Le photographe attend, observe, des heures ou des jours entiers jusqu’à ce qu’il appréhende le monde de l’artiste. Ce qu’il guette sans doute et espère saisir, c’est cette adéquation entre un homme et son univers propre, comme si ce dernier était le prolongement organique et matérialisé de cet être solitaire. »