Les couleurs de Jean Vilar
10h - 18h
Les couleurs de Jean Vilar, réalisée en étroite collaboration avec la Maison Jean Vilar d’Avignon, explore le dialogue constant de l’homme de théâtre avec les artistes dont il s’entoura et qui revendiquaient d’être, non des décorateurs, mais bien des « peintres de théâtre » qui feraient de la couleur « un acteur ».
Jean Vilar
Jean Vilar fut une figure majeure du théâtre contemporain d’après-guerre, œuvrant à son profond renouvellement et sa démocratisation. Son engagement social l’amena à réclamer un « service public » de théâtre : il y contribua par la création en 1947 du Festival d’Avignon, qu’il dirigea jusqu’à sa mort, et à la création en 1951 d’un Théâtre national populaire au Palais de Chaillot. Dans ces deux lieux aux enjeux différents, il mena parallèlement une orientation esthétique propre, ajoutant à une lecture fine des textes historiques ou contemporains une conception plastique de la scène nourrie de son intérêt pour les arts visuels.
L’exposition Les couleurs de Jean Vilar, réalisée en étroite collaboration avec la Maison Jean Vilar d’Avignon, explore le dialogue constant de l’homme de théâtre avec les artistes dont il s’entoura et qui revendiquaient d’être, non des décorateurs, mais bien des « peintres de théâtre » qui feraient de la couleur « un acteur ».
De son cercle amical né pendant la guerre, c’est une constellation d’artistes, majoritairement de la Nouvelle École de Paris, qui va nourrir la réflexion esthétique de Vilar : principalement Léon Gischia, avec qui nait un compagnonnage d’une vingtaine d’années, mais aussi Édouard Pignon, Mario Prassinos et Gustave Singier, et plus ponctuellement Alfred Manessier, Alexander Calder, Roger Chastel, Jacques Lagrange…
Artistes aux univers distincts et d’une production éclectique, ils illustrent l’esthétique de leur époque et les interactions entre les arts. La rencontre déterminante entre Jean Vilar et Léon Gischia, vient nourrir l’ambition d’une véritable révolution esthétique au théâtre.
« J’avais horreur et j’ai toujours horreur de ceux qui ne sont que des décorateurs. Vous savez c’est extrêmement difficile pour une équipe de théâtre de travailler avec un peintre. Le peintre qui a l’habitude de travailler seul dans son atelier, se retrouve tout d’un coup au contact de l’action, du désordre, et je vais dire le mot : le bordel ! Sur des oeuvres très précises je trouve que le théâtre, la peinture et l’architecture sont des arts qui ne se marient pas suffisamment et pas assez souvent. Il faut que le peintre vienne au théâtre. Nous y gagnerons : nous les auteurs, les comédiens et les metteurs en scène. »
L'exposition
La première section expose la production de ces peintres au moment de leur rencontre, pendant la guerre : le cubisme et l’art de Matisse forment le point de départ de cette « nouvelle école de Paris ». La seconde section approfondit les liens entre Gischia et Vilar, à travers la naissance du Festival d’Avignon en 1947 puis du Théâtre national populaire.
Le parcours aborde ensuite le travail engagé d’Édouard Pignon, dont la contribution à l’aventure occupe une place singulière, puis celui burlesque de Jacques Lagrange.
Les sections suivantes mettent en lumière les collaborations avec Mario Prassinos – qui travailla à quatre reprises avec Vilar – puis avec Gustave Singier et Alfred Manessier, acteurs importants d’une non-figuration néanmoins nourrie de l’expérience sensible du monde environnant. Un focus est consacré aux oriflammes, éléments importants de la scénographie du Festival. Le parcours fait dialoguer maquettes, costumes et oeuvres propres à chaque artiste, montrant comment chacun a apporté son univers singulier.
Le musée rend aussi hommage aux artistes sétois proches de Jean Vilar, et en premier lieu à Andrée Schlegel Vilar, son épouse, artiste aux talents multiples (gravure, céramique, tapisserie).